2.AKT
2.SZENE - ABENDROT
ACTE 2
SCENE 2 - COUCHER DE SOLEIL


Suit directement la première scène. Le Rebelle et les deux femmes muettes, inconscients, sont toujours attachés aux croix de Saint-André. La Femme est près de la croix du Rebelle. Elle lui parle, bien que celui-ci dorme toujours.

La Femme : Le coucher de soleil ne brillera pour toi qu'une dernière fois, à moins que tu ne dénies le décret et que tu ne te désolidarises des femmes muettes.

Mon tendre bien-aimé, tu es en paix, tu dors, qu'il fasse chaud ou froid ou humide. La vérité a cessé de respirer. Le sommeil t'épargne la joie et la peine, il te défend juste de penser.

Rien que des souvenirs de rêves imaginaires.

Ton esprit ne m'appartient qu'en rêve, dans mon rêve où le coucher de soleil baigne la porte de la nuit d'un rouge profond.

Emprisonnée par le pouvoir de la Lumière Blanche, j'attends le bleu du soir, j'aimerais retenir l'heure bleue, l'attacher à nous et ne pas l'échanger contre l'aurore sanglante.

Le soleil va se mettre au repos, éveiller l'homme gris de la lune, dans mon rêve un oiseau argenté chante : Laisse tomber l'enfant dans le ciel. Le pouvoir c'est la croyance et la croyance c'est le pouvoir.

Aucun Dieu ne crie : Laissez-le en paix !

Tu refuses le sceptre et tombes dans mes bras, et aucun ange ne te laissera tomber.

Tout d'abord rien que mon rêve, ensuite notre avenir commun.

La Femme remarque les êtres de câbles qui vont à ce moment vers les deux croix extérieures. Inquiète, elle réveille le Rebelle.

La Femme : Réveille-toi - il est temps de se décider et d'exécuter les jugements qui ont été prononcés.

Le Rebelle se réveille et, désorienté, prend connaissance de son environnement. Il voit les deux femmes muettes attachées aux croix de Saint-André à côté de lui, il veut dire quelque chose mais la Femme l'empêche de parler.

La Femme : Chhuut !... Laisse les dormir encore un peu. Profite du coucher de soleil avec moi - Là-bas devant la porte, perds toi avec moi dans mon monde. Tes mélodies sont perdues depuis longtemps, des rythmes monotones les ont avalées - désagrégées en bruit.

Dans mon rêve tu étais l'ermite chancelant que je poursuivais - pourquoi crains-tu donc la vie à deux ? Dénie le décret et tu es libre !

Le Rebelle : Dénier - que dois-je dénier ? L'amour est combatif et ne succombe qu'à un mal - la jalousie. L'amour espère - tolère - cherche, et il dispute même des combats désespérés.

Tu... Tu n'aimes que le rouge, le rouge sanglant. L'amour véritable est sans réserve.

La Femme : Vraiment ?

Le Rebelle : L'amour des parents - Les mères se battent pour leurs fils et leurs filles.

La Femme : Pas les pères !

Le Rebelle : Si - seulement ils ne le montrent pas, du moins... ils ne l'avouent pas. Peu importe ce que l'on fait, où, pourquoi - Les parents n'ont pas besoin de réponses, la réponse est dans le mot. Amour - L'amour, c'est le pouvoir sans le questionnement.

La Femme : Dénie le décret et tu es libre  !

Le Rebelle : Et elles ?

(il désigne les deux femmes muettes)

La Femme : Leur jugement sera exécuté de toutes façons. La machine m'a offert ta vie. La vie à deux  !

Le Rebelle : Ce marché tue deux êtres humains qui me faisaient confiance, qui suivaient mes paroles, mon décret.

La Femme : Le marché ne concerne que ton corps. Elles ne sont déjà plus que de la chair. Je t'offre la vie à deux.

Le Rebelle : Vivre pour vivre.

La Femme : Vivre pour aimer - la vie à deux - Pas trois, quatre ou plus !

Le Rebelle : Surveillés à chaque pas par la Lumière Blanche.

La Femme : Rien que nous deux.

Le Rebelle : Proximité recherchée chair trouvée goûtée appréciée ne plus s'en passer sans appétit puis plus de plaisir rassasié puis en attente de plaisir.

Le Rebelle répète ces lignes sans cesse - comme une prière

La Femme : Tais toi !

Le Rebelle continue jusqu'à ce que la Femme crie :

La Femme : Cesse de prier !

Le Rebelle s'arrête brusquement de parler et rétorque, en colère :

Le Rebelle : Je ne prie pas ! Je ne fais que répéter ta conception de la jalousie d'un amour aveugle. La prière n'est-elle pas faite pour nous épargner d'avoir mauvaise conscience sans que l'on doive passer à l'acte ? Quelques paroles de prière adressées à Dieu "tout puissant" et je me suis aidé ou j'en ai aidé d'autres sans avoir à lever le petit doigt. Mais en réalité je n'ai fait que satisfaire ma conscience. L'amour rouge, la jalousie, rend aveugle - fait qu'il est impossible de reconnaître les sentiments. Elle ne satisfait que l'égoisme de celui qui aime en rouge, en rouge sanglant - qui croit aimer.

La Femme : Alors c'est le moment de prier ! Prie pour leurs âmes, pour les femmes qui avaient confiance en toi et qui suivaient ton décret. Elles sont perdues de toutes façons. Les êtres de câbles vont les juger. Ils vont raccorder leurs corps au pouvoir de la machine à l'aide de câbles et de tuyaux. Mais auparavant elles vont perdre l'esprit par peur, et leur esprit va exploser, tout comme les morceaux de miroir ridicules derrière lesquels vous tentiez de vous cacher. Elles vont devenir de la chair sans personnalité. Leurs corps tendres vont devenir les instruments brutaux du pouvoir... et à l'aide de ces instruments, la machine va te dérober ton identité - et toi aussi, noble séducteur, tu deviendras une partie du pouvoir de la violence.

Leurs tendres mains ne caresseront plus ta peau - non, elles vont déchirer ta peau et installer des câbles et des tuyaux dans ton corps qui te relieront à la machine jusqu'à ce que ton corps se décompose. Tu vas devenir un instrument sans volonté et sans besoins propres comme tous les êtres de câbles.

Tu voulais échapper au pouvoir à l'aide du pouvoir !

Décide-toi entre notre vie à deux ou bien être roi pour une nuit. Les femmes muettes sont perdues en tous les cas.

La Femme s'accroupit aux pieds du Rebelle. Les êtres de câbles vont chacun vers les femmes muettes et tournent les croix des deux femmes muettes à 180 degrés. Pendant que les croix tournent, elles sont illuminées de rouge sanglant. Cette lumière rouge baisse ensuite lentement. Le brouillard envahit la scène. Une lumière blanche et une lumière stroboscopique annoncent la scène suivante. Les croix des femmes muettes ne sont plus visibles qu'à contre-jour. Seuls la croix de Saint-André du Rebelle, le Rebelle lui-même et la Femme restent visibles. Le reste de la scène disparaît dans l'obscurité.

Fin de la deuxième scène

© Oswald Henke

Traduction : Myriam Marc

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