1.AKT
12.SZENE - DEKRET - MONOLOG
ACTE 1
SCENE 12 - DÉCRET - MONOLOGUE


La Femme : Vous n'êtes pas seulement muettes - Vous êtes aussi aveugles ! Il ne fait que vous utiliser, et vous dans votre sujétion suivez sa volonté aveuglément et sans vous poser de questions. On n'a pas besoin de pouvoir parler pour prendre part. On n'a pas besoin de paroles pour atteindre des buts fixés. Vous croyez qu'il vous aime, que vous signifiez quelque chose pour lui ? Erreur - il est seulement habitué à vous. Vous êtes ses animaux en peluche.

Il jouit d'être le point de mire et vous vous êtes soumises sans volonté à sa prétention au pouvoir. Les êtres de câbles vous ont volé votre langage, mais vous n'avez pas perdu votre personnalité avec. Non, vous ne l'avez pas perdue, vous l'avez offerte au Rebelle. La tête de Baptiste s'est changée en Méduse et a paralysé votre esprit.
Il parle à votre place, montre le chemin, fixe les règles, réfléchit et en contrepartie il tolère votre proximité. Vous n'êtes que le moyen d'atteindre sa liberté, mais il ne vous aime pas. Il n'aime que lui-même, et cela vous convient ! Cela vous convient !

La Femme se détourne des deux femmes muettes qui s'entretiennent ensemble derrière son dos dans le langage des signes.

La Femme : Je ne suis même pas sûre que vous savez de quoi je parle.

Il n'y a pas d'avenir commun pour nous quatre.

Les femmes muettes veulent lui faire comprendre quelque chose, mais la Femme pose un animal en peluche dans la main de chaque femme muette.

La Femme : Allez, allez jouer...

La Femme retourne dans la cachette, les femmes muettes restent debout, sans un geste. La lumière s'éteint, puis la scène du langage des signes est répétée encore une fois et commentée à l'aide d'une diapositive.

Le dialogue suivant ne se passe pas verbalement mais dans le langage des signes. Lors de la reprise de cette scène, la signification de la discussion est dévoilée au public par la projection d'une diapositive, à part cela la reprise est identique.


Première femme muette : Tu la crois ?

Deuxième femme muette : Elle ne fait qu'essayer de nous duper.

Première femme muette : Mais d'une certaine manière elle a un peu raison dans ce qu'elle dit.

Deuxième femme muette : Peut-être, mais elle essaie de détruire le monde que nous nous sommes construit.

Première femme muette : Il faut que nous entreprenions quelque chose.

Deuxième femme muette : Essayons de parler avec elle.

La lumière de la scène s'éteint complètement. Les femmes muettes quittent la scène dans l'obscurité. Lumière vive sur la Femme assise dans la cachette. Elle va sur l'avant-scène, derrière elle le rideau se ferme. Elle a un miroir dans les mains.

La Femme : Pourquoi partager avec de la chair muette. Notre groupe sera découvert un jour ou l'autre et nous finirons en êtres de câbles commandés à distance. Le décret fait qu'elles le suivent, séduites par ses baisers de pouvoir, dérobons-nous au pouvoir de la machine. Nous sommes en permanence espionnés par la Lumière Blanche, jusqu'à présent nous n'avons pas été découverts.

La Femme s'observe dans le miroir.

La Femme : L'oeil du pouvoir s'observe lui-même quand il nous cherche. Les rayons de lumière sont réfléchis et détournés, ils ne peuvent nous trouver.

La Femme souffle sur la surface du miroir

La Femme : Mais que se passera-t-il si les miroirs ne détournent plus les rayons de lumière et que la Lumière Blanche nous remarque ? - Nous serions perdus.
Mais que se passera-t-il si je fais en sorte qu'ils soient découverts et que la machine m'offre une petite compensation pour l'avoir aidée. Je pourrais avoir le Rebelle pour moi toute seule et voir venir un avenir commun dans la sécurité du couple.
Il n'aime certainement pas les corps de femme tendres qui sont dénaturés par des câbles et des tuyaux. Elles sont déjà muettes - d'une manière ou d'une autre, le pouvoir est la mesure de toute chose. Je l'aime, mais il ne fait que jouer avec nous - avec moi ? Il devra continuer à jouer, mais rien qu'avec moi.

La Femme brise le miroir dans ses mains. La lumière s'éteint.

Fin de la douzième scène.

© Oswald Henke

Traduction : Myriam Marc

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